Les Folies françoises joueront le programme Les Caractères de l’Amour à l’invitation du festival espagnol d’Albacete le 18 Janvier 2019.

La soprano Hélène Le Corre incarnera la mélancolie et la fureur de Didon, reine de Carthage, abandonnée par le prince troyen Énée dans une tragédie miniature d’une profondeur de sentiments intenses.

C’est à l’aube du XVIIIème siècle qu’apparaît la cantate française. Forme musicale devenant très vite à la mode, elle offre l’avantage certain d’être moins coûteuse qu’une grande tragédie en musique !

Pas de décors, pas de costumes, peu de musiciens… La cantate trouve dans les salons des châteaux et hôtels particuliers, son écrin idéal. L’acteur chantant (c’est ainsi que l’on nommait un chanteur à cette époque) offre à l’auditeur, dans ces petits ouvrages, toutes les palettes des émotions, affects et passions qui sont normalement l’apanage des plus grandes œuvres. Il doit réussir la prouesse de se glisser dans la peau du récitant (exposant, commentant, moralisant…), et également dans celle du protagoniste (dramatique ou frivole, tendre ou pathétique….).

L’Amour occupe évidemment la place de d’honneur dans ces cantates !

La Mort de Didon, cantate composée par Michel Pignolet de Montéclair vers 1709, véritable tragédie miniature d’une grande profondeur de sentiments, reprend l’histoire de Didon, reine de Carthage, abandonnée par le prince troyen Énée. Elle alterne la mélancolie, la fureur et le désespoir ; une morale légère vient clore cette funeste légende :  » Qu’il est dangereux de se rendre aux vœux d’un objet volage » !

L’île de Délos, cantate de la compositrice enfant-prodige Elisabeth Jacquet de La Guerre, offre quant à elle une atmosphère toute bucolique, mettant en scène un rossignol, chantre de l’Amour, dont les sons touchants enchantent cet « agréable séjour ». François Duval et François Couperin Le Grand explorent également cette expressivité du rossignol, empreinte de naïveté et au combien émouvante.

Jean-Philippe Rameau, considéré comme l’un des plus grands musiciens français, présente un cas très particulier dans l’histoire de la musique baroque. Arrivé à l’âge de 50 ans, il n’est alors l’auteur « que de » quelques motets et cantates (dont cet Orphée) et de trois recueils de pièces de clavecin. C’est seulement en 1733 – il a à ce moment-là 50 ans – qu’il se révèle comme l’immense compositeur d’ouvrages lyriques qu’il ne cessera d’être jusqu’à mort en 1764. Hippolyte et Aricie, son premier grand chef d’œuvre, fera dire à André Campra, alors vieux compositeur, « Il y a assez de musique dans cet opéra pour en faire dix ! » Suivront ensuite Les Indes galantes, Castor et Pollux, Dardanus, Pygmalion, Zoroastre…

La cantate a bien été pour Rameau son premier contact avec la musique lyrique ; cet Orphée, autre chantre de l’Amour, laissait présager le maître incontesté que deviendrait par la suite Rameau !